Sur 25 apparitions, 20 ont lieu sur le chemin (un chemin entre des jardins ouvriers près de chez sa tante), chemin de l’école à la maison ou de la maison à l’école. De ce chemin, il ne reste qu’un commencement, puis c’est une pâture.
Il y a là un signe à mettre en relation avec le chemin synodal. Et il semble qu’il serait assez aisé d’insérer la pastorale de ces apparitions avec la pastorale synodale, pour ceux qui le souhaiteraient, bien évidemment.
En chemin, avec Notre-Dame des étoiles
À l’exception des 2 et 3 mars et du 24 mai 1948 où Notre Dame apparaît dans la cour de l’école, au-dessus de la grotte, les 20 autres apparitions, à partir du 5 mars 1948 où elle donne son nom, jusqu’à celle du 18 mars 1950 qui fut annoncée comme la dernière (bien qu’il y en aura encore deux autres après, en un autre lieu : la chambre).
Notre époque aime à parler de « chemin synodal ». L’image du chemin souligne que dans notre vie chrétienne, nous sommes toujours en chemin et en progrès. Être disciple de Jésus, c’est être toujours entrain d’apprendre de Lui ! Dans l’évangile, on voit très souvent Jésus parler ou opérer une guérison « en chemin ». Et la veille de sa Passion, à ses disciples déstabilisés, il dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).
Les apparitions n’offriraient-elles pas de précieux jalons ?
Le chemin des enfants. 1
Le chemin de la vie à la lumière de son terme. 2
Le chemin du monde. 4
Et le chemin de Marguerite. 5
Le chemin qu’empreinte Marguerite mène à l’école saint Joseph de la Madeleine, avec, dans la cour de l’école, cette grotte mariale au-dessus de laquelle l’étoile et Notre Dame sont apparues les 2 et 3 mars 1948 et où Notre Dame demande de bâtir une grotte (la première s'effondrera en effet plus tard).
Jésus et Marie, présents à l’école. L’enfant appelé à grandir dans le rayonnement de Jésus et de Marie.
Le 22 septembre 1948, l’apparition a lieu sur le chemin, dans la direction de l’école, de l’apprentissage et de la vie sociale, elle a lieu le matin, comme au seuil de la vie, et l’ange enseigne une prière « très simple » que les enfants comprendront :
Ô Marie, intercédez toujours pour nous auprès de votre divin fils.
Ô Marie, soyez toujours la Reine de notre foyer.
Ô Marie, écoutez toujours mes prières.
Ô Marie, détournez-moi toujours du mal et faites que je persévère dans le bien.
Le 2 et 15 juin 1948, l’apparition, le soir, comme au soir de la vie, annonce puis montre l’horreur du purgatoire[1], non pas pour nous faire peur, mais pour que nous soyons sérieux dans notre vie chrétienne.
Notre époque est très attentive à la vérité subjective, à la sincérité, à l’authenticité du vécu. Notre chemin terrestre s’achève à l’heure de la mort avec notre Rencontre avec le Créateur : alors, pas d’hypocrisie possible, les intentions des cœurs seront dévoilées. Le 19 juin, l’apparition a lieu le matin, comme au seuil de l’espérance, et demande de prier pour les pécheurs, bien entendu pour que s’ouvre devant eux le chemin de la sainteté et de la participation à la vie divine.
Le 2 juillet, le soir, vision du purgatoire ; le 4 juillet, le matin, une prière à dire le matin, peut-être comme en réponse au 2 juillet.
Seigneur, ayez pitié de moi qui suis une pauvre pécheresse.
Seigneur, donnez-moi toujours l’absolution.
Seigneur, faites que je meure en état de grâce.
Seigneur, préservez-moi du péché mortel.
Seigneur, je vous offre ma journée.
Implicitement, cette prière nous fait considérer chaque journée comme un « pas » sur le chemin de la vie qui s’achève par la mort, le ciel, le purgatoire ou l’enfer.
Les existentialistes ont transmis à notre époque un certain regard sur l’être humain : « quand il s’éveille à la conscience et à la vie, il est déjà là, il ne l’a pas demandé… pourquoi ? pour rien ? … Je me réveille en plein voyage dans une histoire de fou »[2].
Cette prière nous parle un tout autre langage, celui d’une relation avec le « Seigneur », une relation responsable puisqu’il peut y avoir « un péché », c’est-à-dire une rupture d’Alliance, une infidélité à un amour déjà reçu. Évidemment, parler de péché, c’est un peu comme toucher une ortie, mais imaginer être jeté là pour rien dans une histoire de fou, est-ce mieux ? La prière est transmise le matin, comme au seuil d’un chemin risqué, qui n’a rien d’une sinécure. Le monde est sous l’emprise du Malin, le Prince de ce monde. La journée sera une lutte contre le mal, et d’abord une lutte intérieure.
Le 11 novembre 1948 : l’apparition promet « à toutes les personnes qui réciteront le chapelet le 2 de chaque mois, que, si elles vont en purgatoire, j’irai les chercher le lendemain de leur mort pour enfin jouir du bonheur éternel ». Cela paraît enfantin, mais de nos jours, combien savent encore dire un chapelet ? Réciter un chapelet, c’est se tenir 20mn, sans masque, devant l’Immaculée, c’est demander à Marie d’être là à l’heure de la mort, c’est avoir sur les lèvres le nom de Jésus et méditer sur les mystères de sa vie. Est-ce rien ?
Le 18 mars 1950, Marie apparaît le midi, en présence des témoins qui, sans rien voir, sont invités à s’engager à « tout faire pour Dieu ».
Nous avons là, exprimée avec sobriété, la quintessence du chemin du disciple.
La foi devient action et engagement, dans la plus grande pureté d’intention : « pour Dieu ».
Marie résume ensuite les demandes précédentes en ajoutant que Jésus « veut faire ici des miracles dans l’âme ».
Miracles qui pourraient être accompagnés par en équipe !
Pour que le monde aille mieux, il a besoin, lui aussi, de s’orienter à la lumière de l’eschatologie. Sans naïveté (la « bête » et « l’Antichrist » sont annoncés) sans violence (le jugement de la bête et de l’Antichrist revient au Christ en sa venue glorieuse), et sans désespoir (le monde doit accomplir son but, noble et sublime, avant d’être offert au Père)[3].
Le signe même de l’étoile a une dimension eschatologique. « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin » (Ap 22, 16). Et la promesse « Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu'à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations : c'est avec un sceptre de fer qu'il les mènera comme on fracasse des vases d'argile ! Ainsi moi-même j'ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l'Étoile du matin » (Ap 2, 26-28) signifie que Jésus se donnera lui-même (car l’étoile du matin c’est lui-même) et il fera participer le vainqueur à sa royauté messianique.
Le 11 septembre 1948 l’apparition se dit très triste parce que « le monde ne cherche que son bonheur et pas celui du prochain ». L’apparition a lieu le soir, peut-être penser au monde dans la perspective eschatologique.
Le 4 octobre 1948, l’apparition souhaite que sa fête soit célébrée le 2 mars. Cette date a une riche symbolique au niveau de l’histoire du monde (Belgique, Russie, etc.)[4]
Le 10 octobre 1948, l’apparition parle du sermon qui, dit-elle, « montre de bons exemples et crée un bon avenir ». Ce qui est visé ici, c’est ce que l’on appelle la théologie pratique : non seulement dire que Dieu est puissant, mais qu’il peut agir dans telle ou telle situation.
Le 18 mars 1950, le midi, Marie enseigne une prière à dire entre chaque dizaine de chapelet :
Seigneur, pardonnez-moi tous mes péchés
Seigneur, ayez pitié de ceux qui souffrent
Seigneur, pardonnez à tous ceux qui vous persécutent.
Cette prière a beaucoup touché les chrétiens de RDC.
Elle pourrait aisément donner lieu à des développements dans un chemin synodal.
Le 24 juin et le 15 novembre 1948 : l’apparition annonce à Marguerite qu’elle souffrira beaucoup moralement. Les disciples, eux aussi, entendirent Jésus leur annoncer sa propre passion, et leur dire qu’ils devraient, eux aussi, prendre leur croix et le suivre.
Les trois dernières apparitions ont lieu dans la chambre de Marguerite.
Le 10 décembre 1950 est un dialogue entre l’ange et Marguerite, dans sa chambre. Le 25 janvier 1951, l’ange dit : « La Sainte Vierge demande de bien prier pour les pécheurs, pour tous les adversaires de la foi et pour la paix. Maintenant, regarde à ta droite. » J’ai regardé et j’ai vu un cœur percé d’un poignard. Il me dit : « Le cœur est le cœur de la Sainte Vierge, et le poignard, la souffrance qu’elle éprouve en voyant que les croyants ne pensent pas assez à leurs frères ». Le 11 février 1951, l’apparition reprend l’appel de Lourdes « Pénitence ! ». L’apparition reprend aussi l’appel de Fatima en demandant la prière pour les Russes et les communistes.
Il semblerait que l’apparition du « cœur de la Sainte Vierge » marque une continuité avec les apparitions de Beauraing (le cœur d’or en 1932-1933) dont la suite s’entend à Banneux où les apparitions s’achevèrent le 2 mars 1933.
[1] Cf. Françoise Breynaert, Notre-Dame des étoiles, RAS 2013 (2017) donne une catéchèse succincte sur le purgatoire, avec ses fondements bibliques et patristiques. Extraits repris sur notredamedesetoiles.com.