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Prier pour les pécheurs
1 Jn 5,6 et Mt 12. Le péché contre l’Esprit Saint
En un sens, la fête de Notre Dame des étoiles le 2 mars prépare à la fête de la Divine miséricorde
Nous avons peur de parler de péché et d’inviter à la conversion parce que nous n’avons peur de culpabiliser. En réalité, nous confondons deux choses très différentes.
La culpabilité est liée au fait d’être différent, donc éventuellement marginalisé et exclu. Les Hébreux arrivant en Canaan avaient ces sentiments. Ils cherchaient donc à s’assimiler en adoptant les pratiques cananéennes, on dirait aujourd’hui qu’ils ont essayé de s’intégrer. Mais certaines pratiques, comme les rites aux Baals, avec sacrifices d’enfants et cultes de prostitution ont été dénoncées par les prophètes comme contraire à l’Alliance avec le Dieu vivant : donc des péchés.
La culpabilité s’inscrit dans une dynamique de risque d’exclusion et d’effort d’assimilation ou d’intégration.
Le péché s’inscrit dans une dynamique de rupture d’Alliance et de pardon.
Notre époque ne veut plus entendre parler de péché, elle n’entendra donc plus parler d’Alliance avec le Créateur ni de pardon divin. Alors réfléchissons bien avant de dire qu'il ne faut plus parler de péché !
Avec humour, cette vidéo nous fait réfléchir bellement...
Le mal entraîne la mort, pas seulement dans l’au-delà : très souvent dès cette vie… Le péché « mortel », est le péché qui prive de la Vie éternelle, « car il y a un péché qui conduit à la mort » (1Jn 5, 16). L’état de grâce est perdu par le péché mortel tant qu’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu.
« Le péché mortel détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave à la loi de Dieu; il détourne l’homme de Dieu, qui est sa fin ultime et sa béatitude en Lui préférant un bien inférieur. » (CEC 1855)
« Pour qu’un péché soit mortel trois conditions sont ensemble requises: "Est péché mortel tout péché - qui a pour objet une matière grave, - et qui est commis en pleine conscience - et de propos délibéré." » (CEC 1857)
« La matière grave est précisée par les Dix commandements selon la réponse de Jésus au jeune homme riche: "Ne tue pas, ne commets pas d’adultère, ne vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fais pas de tort, honore ton père et ta mère" (Mc 10,18). » (CEC 1858)
« Le péché mortel est une possibilité radicale de la liberté humaine comme l’amour lui-même. Il entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire de l’état de grâce. S’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l’enfer, notre liberté ayant le pouvoir de faire des choix pour toujours, sans retour. Cependant si nous pouvons juger qu’un acte est en soi une faute grave, nous devons confier le jugement sur les personnes à la justice et à la miséricorde de Dieu. » (CEC 1861)

Marie appartient à la famille humaine pécheresse mais cela d’une manière pure, immaculée. Le Oui de Marie vient après le Oui du Père sur elle : « Ainsi Marie, fille d’Adam, donnant à la parole de Dieu son consentement, devient Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché ne la retienne, la volonté divine de salut… » (Constitution dogmatique Lumen gentium 56).
Le texte du concile intègre les traditions d’Orient (la Toute Sainte) et d’Occident (indemne de toute tache de péché) : « La Mère de Dieu la Toute Sainte, indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature » (Lumen gentium 56).
De plus, ce mystère est une source d’espérance pour l’Église et pour chacun de nous : « Si l’Église en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Eph 5,27), les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché : c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus » (Lumen gentium 65).
Prier pour les pécheurs
Le 19 juin 1948 : La Vierge Marie donne la cause des apparitions : prier pour les pécheurs.
Quand Abraham prie pour Sodome et Gomorrhe, il ne s’agit pas d’une prière pour les pécheurs, mais d’une prière en faveur des justes qui vivent au milieu des pécheurs. « Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu'il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d'agir » ; on voit que la présence des justes au milieu des pécheurs, ne serait-ce que dix, peut épargner à toute une ville un châtiment. (Gn 18,23-32)
Moïse
Dans l’histoire des plaies d’Égypte, on voit le pharaon demander à Moïse de prier pour que les grenouilles ou le tonnerre cesse. (Exode chapitre 8 et 9). Après la plaie des sauterelles, pharaon appelle Moïse et Aaron, et leur dit : « J'ai péché contre le Seigneur votre Dieu et contre vous. Et maintenant pardonne-moi ma faute, je t'en prie, cette fois seulement, et priez le Seigneur votre Dieu qu'il détourne de moi ce fléau meurtrier. » (Ex 10,16-17).
Au désert, « le peuple élevait une lamentation mauvaise aux oreilles de Yahvé, et Yahvé l'entendit. Sa colère s'enflamma et le feu de Yahvé s'alluma chez eux: il dévorait une extrémité du camp. Le peuple fit appel à Moïse, qui intercéda auprès de Yahvé, et le feu tomba. » (Nb 11,1-2)
Après avoir passé la mer rouge, Moïse monta au Sinaï. « Quand le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne, le peuple s’assembla auprès d’Aaron et lui dit : Allons, fais-nous un dieu qui aille devant nous, car ce Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. » (Ex 32,1).
Ayant vu ce péché, « Moïse retourna donc vers Yahvé et dit : "Hélas! ce peuple a commis un grand péché. Ils se sont fabriqué un dieu en or. Pourtant, s'il te plaisait de pardonner leur péché... Sinon, efface-moi, de grâce, du livre que tu as écrit!" Yahvé dit à Moïse : "Celui qui a péché contre moi, c'est lui que j'effacerai de mon livre. » (Ex 32, 31-33)
Il n’y a pas de substitution ; l’intercession de Moïse compte, mais elle n’est pas suffisante.
Job
Job, homme juste et prospère, a été frappé par une série de malheurs extrêmes : perte de ses biens, mort de ses enfants, maladie douloureuse. Ses amis — Éliphaz, Bildad et Tsophar — viennent le consoler, mais leurs discours prennent vite la forme d’un débat théologique. Ils défendent l’idée traditionnelle selon laquelle la souffrance est toujours la conséquence d’une faute : si Job souffre, c’est qu’il a péché. Job, lui, maintient son innocence et ose interpeller Dieu, cherchant à comprendre le sens de son épreuve.
Après que Dieu s’est manifesté à Job du cœur de la tempête pour lui révéler la grandeur et la complexité de son œuvre, Job reconnaît les limites de son propre savoir et s’abandonne à Dieu. C’est alors que Dieu s’adresse non plus à Job, mais à ses amis. Il leur reproche de ne pas avoir parlé de lui « avec droiture », contrairement à Job. Autrement dit, même si Job a exprimé sa révolte et son incompréhension, il l’a fait dans une relation authentique avec Dieu, tandis que ses amis ont enfermé Dieu dans un système rigide et réducteur.
Dieu leur ordonne d’offrir un sacrifice et de demander à Job d’intercéder pour eux. Celui qu’ils avaient accusé devient ainsi leur médiateur. La prière de Job obtient leur pardon, ce qui renverse la situation initiale : « Prenez maintenant sept taureaux et sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, et offrez pour vous un holocauste. Job, mon serviteur, priera pour vous, et c'est par égard pour lui seul que je ne vous traiterai pas selon votre folie; car vous n'avez pas parlé de moi avec droiture, comme l'a fait mon serviteur Job. » (Jb 42,8-9)
Isaïe
Isaïe donne l’image du Serviteur souffrant qui prend sur lui la faute des multitudes les rendant ainsi justes (cf. Is 53,11).
Comme dans l’histoire de Moïse intercédant pour son peuple, on ne doit pas aller dans le sens d’une substitution, qui reste sans consistance : le salut ne peut se réaliser d’une manière extérieure et donc impersonnelle.
De même, Jésus est intervenu à notre place, mais il ne nous sauve pas sans nous. Il veut notre bonne volonté ; la Rédemption de Jésus est une œuvre décisive, mais il faut la recevoir par une certaine participation à sa vie.
« 43 Vous avez entendu / qu’il a été dit :
‘Aime ton prochain / et hais ton ennemi’.
44 Or moi, / je vous dis :
Aimez vos ennemis, / et bénissez celui qui vous maudit,
faites le bien / à celui qui vous hait,
et priez pour ceux qui vous emmènent par force[1] / et vous persécutent[2],
45 en sorte que vous soyez / les fils de votre Père qui est aux cieux,
car il fait lever son soleil sur les bons / et sur les méchants,
il fait descendre sa pluie sur les justes / et sur les impies. »
Depuis les Béatitudes proclamées au début du sermon sur la montagne, l’enseignement de Jésus a progressé : « il est plus beau de supporter les souffrances avec patience que d’être simplement doux, d’abandonner son manteau que d’être miséricordieux, de souffrir l’injustice que d’être juste, d’accompagner son ennemi que d’être pacifique, de bénir son persécuteur que d’être persécuté » [3].
Dieu le Père « fait descendre sa pluie sur les justes [kīne] et sur les impies [ᶜawāle] » (Mt 5,45). Les justes sont opposés non pas aux injustes, mais aux impies (Mt 5,45). Le mot juste est ici kīnā, un adjectif dérivé du verbe Kwn qui signifie exister, commencer à être, être droit, être ferme, stable, pouvoir. Le jeu d’opposition suggère que les impies n’ont ni droiture, ni stabilité, ni pouvoir, alors que les justes ont tout cela parce qu’ils ne sont pas impies : ils sont connectés à Dieu et animés de sa volonté.
Dieu le Père fait descendre sur les impies la pluie, mais, eux, ils ne reconnaissent pas l’amour du Père. Comme pour aider le Père à se faire reconnaître, Jésus demande à l’égard des ennemis (les impies), un surcroît d’amour, il demande de brûler d’amour [aḥḥeḇ] pour les ennemis (Mt 5,44). Ce n’est pas le même verbe qu’au v. 43 concernant l’amour du prochain [rḥem], ce n’est pas une affection naturelle comme dans une famille ou une même nation. C’est ici un amour ardent et volontaire qui s’inspire de la contemplation de ce que Dieu fait prodiguant sa pluie aussi sur les impies.
Saint Jean Chrysostome commente : « quand le malade accueille le médecin avec des injures et des coups, dans des accès de rage, celui-ci s’apitoie davantage et fait de plus grands efforts pour guérir la maladie, qu’il sait bien être la cause d’une telle fureur »[4].
Cf. Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Matthieu, un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal. Traduction depuis la Pshitta. Préface Mgr Mirkis (Irak) ; Mgr Dufour (France) et Mgr Kazadi (Congo RDC). Parole et Silence, mars 2026.
Jc 5,19-20
« Mes frères, si quelqu'un parmi vous s'égare loin de la vérité et qu'un autre l'y ramène, 20 qu'il le sache: celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jc 5,19-20)
En aidant les autres, nous trouvons le salut. C’était déjà une idée énoncée dans le livre d’Ézéchiel : Dieu y présente le « guetteur » chargé d’avertir le méchant : s’il parle pour détourner le pécheur de sa conduite, il sauvera sa propre vie ; s’il se tait, il portera la responsabilité de sa perte (Ez 3,17-21 ; 33,7-9). Le salut est lié à l’effort pour faire revenir l’autre de sa mauvaise voie.
Lc 6,27-28
« 27 À vous, donc, je dis, / vous qui m’écoutez :
Aimez vos adversaires, / faites ce qui est beau à ceux qui vous haïssent,
28 et bénissez ceux qui vous maudissent, / et priez pour ceux qui mènent avec violence.
29 À celui qui te frappe sur ta joue, / présente-lui l’autre !
Et à celui qui emporte ton manteau, / ne refuse pas non plus ta tunique !
30 À tout un chacun qui te demande, / donne-lui !
Et à qui t’enlève ton bien, / ne l’exige pas ! » (traduction depuis la Pshitta)
L’enseignement de Jésus concerne ici l’adversaire, celui qui ne peut pas comprendre la réprimande, car il est dans l’emprise démoniaque. C’est pourquoi il faut lâcher, laisser courir, car il a un esprit mauvais et il va te détruire si tu lui résistes. Jésus enseigne ici la non-violence. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une sagesse. Et les versets suivants 28, 29, 30 sont des illustrations. Tendre l’autre joue, signifie ne pas répondre sur le même plan, ne pas se laisser entraîner sur le terrain pervers de l’adversaire.
En Lc 6, 27, le mot « bᶜeldḇāḇā » que nous traduisons par « adversaires » a pour racine « bᶜel », qui donne le mot « Baal » ; les cultes aux « Baals » étaient perçus comme des cultes aux démons (Ba 4, 7), et le psalmiste déclare donc : « Tes ennemis, je les hais d’une haine parfaite » (Ps 139, 21-22) ; ceci explique les guerres (par exemple celles des juges, de Saül et de David) qui ont permis de lutter contre le totalitarisme du mythe et de s’ouvrir au don de Dieu.
Cependant, au temps de l’exil, avec notamment le prophète Isaïe (Is 42–53), Israël a compris son rôle de témoin éclairant les nations, quitte à être témoin par le martyre (et non plus par la guerre), pour que les païens voient la grandeur de ce Dieu qui a de tels adorateurs et ce qu’il a dû faire pour eux pour qu’il en soit ainsi.
L’Ancien Testament prépare ainsi à comprendre l’exhortation de Jésus : « Aimez vos adversaires, faites ce qui est beau à ceux qui vous haïssent » (Lc 6, 27).
Cf. Françoise BREYNAERT, L’évangile selon saint Luc, un collier d’oralité en pendentif (traduction depuis la Pshitta) Parole et Silence, 2024. (472 pages).
1 Jn 5,6 et Mt 12. Le péché contre l’Esprit Saint
« Quelqu'un voit-il son frère commettre un péché ne conduisant pas à la mort, qu'il prie et Dieu donnera la vie à ce frère. Il ne s'agit pas de ceux qui commettent le péché conduisant à la mort; car il y a un péché qui conduit à la mort, pour ce péché-là, je ne dis pas qu'il faut prier. » (1Jn 5,6).
Ce verset s’interprète en lien avec Mt 12,22-45. Le péché contre l’Esprit Saint (v. 30-32) vient en opposition à la guérison d’un possédé sourd-muet-aveugle.
Du côté de Jésus, il n’y a pas de limite à la miséricorde.
Mais du côté des hommes, il faut bien analyser ce que cette « perle » met en évidence.
« Et tout un chacun qui dira une parole contre le Fils de l’homme, / il lui sera pardonné ;
mais celui qui blasphèmera contre l’Esprit Saint, / il ne lui sera pas pardonné. » (Lc 12,10)
- Le péché contre l’Esprit Saint ne consiste pas à s’opposer à Jésus, ni à le rejeter ni à parler contre lui (v. 31).
- Le péché contre l’Esprit Saint ne consiste pas à avoir de fausses idées, car on peut toujours s’ouvrir à une vérité plus complète ; ce n’est pas le fait d’être hérétique, bien qu’il conduise à produire des hérésies.
- Le péché contre l’Esprit Saint ne consiste même pas à faire un pacte avec Satan. Certaines personnes font des pactes avec Satan sur la base d’idées fausses (on les a séduits) et ces gens-là peuvent encore recevoir un pardon et un exorcisme efficace.
Le péché contre l’Esprit Saint se manifeste comme l’aboutissement du péché d’hypocrisie. Le processus commence dans l’apparence d’une vérité logique. « Celui-ci ne fait sortir les génies que par Beèlzeboub, le chef des démons ! » (Mt 12,24). Cette déduction d’apparence logique est en réalité une attaque contre la sainteté de Dieu et son action salvifique et vivificatrice.
La logique des Pharisiens, d’apparence irréprochable, occulte la vérité non seulement aux yeux de ceux qui écoutent ce discours, mais aux yeux de ceux-là même qui le prononcent. C’est ainsi que l’hypocrite se rend lui-même sourd, muet et aveugle (ou borgne), mais, et c’est là le drame, les Pharisiens ont rejeté la possibilité que Jésus guérisse leur propre surdité, leur propre mutisme, leur propre aveuglement. Ils ne voient pas leurs fautes, ou, s’ils en ont conscience, ils ne les confessent pas, et, rejetant Jésus, ils ne peuvent entendre la parole de réconciliation.
Généralement, la mort est une « rencontre » avec le Christ (cf. notamment Jn 5,25). Malheureusement, lorsque le péché d’hypocrisie s’endurcit jusqu’au péché contre l’Esprit Saint, alors la rencontre avec le Christ est devenue inutile. D’une part, l’hypocrite s’est rendu incapable de rencontrer le Christ et ne parle qu’au miroir de ce que sa logique intéressée projette. D’autre part, dans le péché contre l’Esprit Saint, l’hypocrite se ment à lui-même, il est devenu étranger à sa propre personne et la miséricorde du Christ ne peut plus l’atteindre : « ni en ce monde, ni dans le monde à venir » (Mt 12,32).
Le péché contre l’Esprit Saint, qui ne peut pas être pardonné parce qu’il exclut les éléments qui rendent possible la rémission des péchés[5].
Ce péché est l’aboutissement d’une hypocrisie, avec de faux prétextes où l’homme se prend à son propre piège, constituant un dépôt de paroles mensongères qui l’aliènent lui-même, détruisant la possibilité d’une rencontre avec le Sauveur.
Ce péché s’exprime dans des paroles qui trompent par une apparence de logique et de piété qui est en réalité une confusion entretenue dans laquelle on ne peut pas distinguer le camp de Satan et le camp du bien (v. 24). Ce n’est donc pas simplement le fait de ne pas croire en Jésus.
De plus, ce péché se cache par un but noble, le fait de rassembler (v. 30). Une préoccupation majeure pour les chefs d’Israël est de maintenir l’unité du peuple et réunir des tribus dispersées… Nourris de la prophétie d’Isaïe « Mais moi je viendrai rassembler toutes les nations et toutes les langues, et elles viendront voir ma gloire » (Is 66,18), les Pharisiens rêvent-ils de rassembler le monde autour d’eux-mêmes ? Ici, toujours dans la continuité avec son exorcisme du sourd-muet-aveugle (Mt 12,22-24), Jésus enseigne que, face à la menace de l’adversité (Satan), toute tiédeur correspond à une apostasie et une hostilité : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Mt 12,30). Et il avertit les Pharisiens : « Celui qui ne rassemble pas avec moi, pour ce qui est de disperser, il disperse ! » (Mt 12,30).
Quand Jésus (son amour, sa vérité, sa droiture) n’a pas sa place, quand l’hypocrisie prétend sauvegarder l’unité d’un groupe en excluant celui dont la parole appelle à la purification, quand on déguise en harmonie divine ce qui n’est qu’une lâche compromission avec l’arrestation du juste, alors surviendra une terrible dispersion…
Avec les saints
Chez saint Augustin d'Hippone, on trouve un témoignage indirect mais très fort dans les Confessions, livre III et surtout livre IX. Il y évoque les larmes et les prières persévérantes de sa mère, sainte Monique, pour sa conversion. La célèbre parole adressée à Monique par un évêque — « Il est impossible que le fils de tant de larmes se perde » — illustre la puissance de l’intercession pour un pécheur. (Cf. Les Confessions, III, 11-12 ; IX, 8-12).
Sainte Thérèse de Lisieux offre un témoignage concret dans Manuscrit A de son Histoire d’une âme, à propos du criminel Henri Pranzini. Elle raconte comment elle pria et offrit des sacrifices pour sa conversion, demandant un « signe » avant son exécution, et comment elle vit dans son repentir public la confirmation de l’efficacité de la prière. (Cf. Manuscrit A, vers la fin du récit de sa jeunesse).
Sainte Faustine (Petit Journal).
81. O mon Jésus, je vais Vous consoler de toutes les ingratitudes, blasphèmes froideurs, haines et sacrilèges des impies. O Jésus, je désire brûler comme une offrande pure, immolée devant le trône de Votre abaissement, Vous priant sans cesse pour les pécheurs agonisants ?
186. Aujourd'hui Jésus me dit : « Je désire que tu connaisses plus profondément l'amour dont brûle mon cœur. Tu le comprendras en méditant Ma Passion. Appelle Ma Miséricorde sur les pécheurs, Je désire leur salut. Quand tu réciteras cette prière pour un pécheur d'un cœur contrit et avec foi, Je lui donnerai la grâce de la conversion. Voici cette petite prière : 187. « O Sang et Eau, qui avez jailli du Cœur de Jésus comme source de Miséricorde pour nous, j'ai confiance en Vous! »
280. Jésus me donne l'ordre de célébrer la fête de la Miséricorde Divine, le premier dimanche après Pâques. Avec un grand recueillement intérieur, portant la ceinture pendant, en guise de mortification extérieure, je n'ai cessé de prier pour les pécheurs, et pour obtenir la miséricorde divine dans le monde entier. Alors Jésus me dit : " Mon regard repose aujourd'hui avec plaisir sur cette maison. " 281. Je sens bien que ma mission ne finira pas à ma mort, mais qu'elle commencera alors. O vous, âmes qui doutez, j'écarterai pour vous le voile qui vous cache le Ciel, afin de vous convaincre de la bonté de Dieu, pour que votre incrédulité ne blesse plus le doux Cœur de Jésus. Dieu est Amour et Miséricorde.
617. Au début du Carême, je priai mon confesseur de me donner une mortification pour le temps du jeûne. Mais il me dit de ne rien retrancher de mes repas. Mais quand je vais manger, me rappeler que Jésus accepta le vinaigre avec le fiel. Ce sera ma mortification. Je ne savais pas que j'allais y trouver un grand avantage pour mon âme : Celui de méditer constamment Sa douloureuse Passion. Et ainsi pendant les repas, je ne pense pas à ce que je mange, mais je suis préoccupée de la mort de mon Seigneur.
618. J'ai aussi demandé au commencement du Carême de changer mon examen particulier et de faire tout ce que je devais faire avec une intention purement réparatrice pour les pécheurs. Ceci me permet de vivre continuellement en union ave Dieu. Et cette intention perfectionne mes actions, car tout ce que je fais, je le fais pour les âmes immortelles. Toutes les peines et les fatigues ne me sont rien, quand je pense qu'elles réconcilient les âmes des pécheurs avec Dieu.
941. C'est aujourd'hui vendredi. Pendant la Sainte Messe j'ai ressenti des douleurs dans mon corps : dans mes mains, mes pieds et mon côté. Jésus permet ceci comme expiation pour les pécheurs. Cela ne dure pas longtemps, mais la souffrance est grande. Je ne souffre pas plus de quelques minutes, mais j'en garde longtemps une très vive impression.
1319. « A trois heures, implore Ma Miséricorde, tout particulièrement pour les pécheurs. Et ne fût-ce que pour un bref instant, plonge-toi dans Ma Passion, en particulier au moment où j'ai été abandonné lors de Mon agonie. C'est là une heure de grande Miséricorde pour le monde entier. Je te laisserai partager ma mortelle tristesse ; en cette heure, Je ne saurais rien refuser à l'âme qui me prie, par Ma Passion. »
1396. Le Seigneur m'a dit : « La perte de chacune des âmes me plonge en une mortelle tristesse. Tu me consoles toujours lorsque tu pries pour les pécheurs. La prière qui M'est la plus agréable est cette prière pour la conversion des âmes pécheresses. Sache, Ma fille, que cette prière est toujours exaucée. »
1782. Lorsque je me suis plongée dans l'oraison et que je me suis unie à toutes les Saintes Messes qui se célébraient à ce moment-là dans le monde entier, j'ai imploré Dieu par toutes ces Saintes Messes d'avoir miséricorde pour le monde et particulièrement pour les pauvres pécheurs qui à ce moment-là étaient en agonie. Au même instant j'ai reçu intérieurement la réponse de Dieu que mille âmes avaient obtenu grâce par intermédiaire de la prière que j'avais offerte à Dieu. Nous ne savons pas le nombre d'âmes que nous devons sauver par nos prières et nos sacrifices, nous devons donc toujours prier pour les pécheurs.
En un sens, la fête de Notre Dame des étoiles le 2 mars prépare à la fête de la Divine miséricorde
Il faut en effet prier pour les pécheurs pour qu’ils s’ouvrent à la miséricorde divine.
Petit Journal § 698. A un certain moment, j'entendis ces paroles : « Ma fille, parle au monde entier de Mon inconcevable miséricorde. Je désire que la Sainte Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les écluses de Ma miséricorde sont ouvertes. Je déverse tout un océan de grâces sur les âmes, qui s'approcheront de la source de Ma miséricorde. Toute âme qui s'approchera de la confession et de la Sainte Communion recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition. En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s'écoule la grâce. Qu'aucune âme n'ait peur de s'approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l 'écarlate. Ma miséricorde est si grande que, pendant toute l'éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique ne saurait approfondir tout ce qui est sorti des profondeurs de Ma miséricorde. Chaque âme en relation avec Moi, méditera Mon amour et Ma miséricorde durant toute l'éternité. La fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles. Je désire qu'elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques. Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu'il ne se tournera pas vers la source de Ma Miséricorde. »
1145. « Que les plus grands pécheurs mettent leur espoir en Ma Miséricorde. Ils ont droit avant tous les autres, à la foi en l'abîme de Ma Miséricorde. Ma fille, ne cesse pas d'écrire au sujet de Ma Miséricorde, pour les âmes tourmentées. Quelle joie me font les âmes qui s'adressent à Ma Miséricorde. A de telles âmes, J'accorde des grâces bien au dessus de leurs désirs. Je ne peu sévir, même contre le plus grand pécheur s'il invoque Ma pitié. Mais au contraire, Je l'excuse en Mon insondable et inconcevable Miséricorde. Note : Avant de Me montrer au Jugement dernier comme Juge équitable, J'ouvre d'abord toutes grandes les portes de Ma Miséricorde. Qui ne veut passer par les portes de Ma Miséricorde, doit passer par les portes de Ma justice. »
[1] Il y a énormément de variantes dans les manuscrits grecs, mais aucune n’a le sens de la Pshitta.
[2] SyrC et SyrS, comme aussi la vulgate et le grec de Nestle-Aland sont plus brefs : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent ». Le grec liturgique a la version longue comme la Pshitta.
[3] S. Jean CHRYSOSTOME, Homélies sur saint Matthieu XVIII,6, Ibid., p. 544
[4] S. Jean CHRYSOSTOME, Homélies sur saint Matthieu XVIII,4, Œuvres complètes, tome XI, Paris 1868, p. 541
[5] Ainsi le comprennent aussi : S. THOMAS D’AQUIN, Somme théol., II-II 14,3; cf S. AUGUSTIN, Epist. 185,11,48-49: PL 33,814-815; S. BONAVENTURE, Comment. in Evang. S. Lucae, chap. XIV,15-16: Ad Claras Aquas, VII,314-315.
Synthèse Françoise Breynaert