Plusieurs points relient les deux apparitions.
- Le prénom Estelle signifie « étoile », et les apparitions de Tournai commencent pas une étoile.
- Estelle fut aidée par saint Joseph dans un travail de couture, Marguerite recevait un enseignement général et un enseignement pratique de couture.
- La grotte de Lourdes, lieu où commencèrent les apparitions de Tournai, et lieu où Estelle déposa la fameuse lettre à laquelle la Vierge Marie répondit de manière si extraordinaire.
- L’apparition du cœur de Marie, transpercé d’un poignard dans la chambre de Marguerite à Tournai, et le cœur transpercé enflammé représenté sur l’ex voto présenté par Notre Dame le jour le de la guérison d’Estelle.
- À Tournai, Jésus promet la guérison de l'âme, à Pellevoisin, c'est une guérison physique.
Estelle Faguette est née à Saint-Memmie, près de Châlons-sur-Marne, le 12 septembre 1843.
Estelle raconte les débuts de son service chez Mme de La Rochefoucauld : « Un jour, une dame lui demande de faire un costume. J’étais désorientée, n’ayant jamais taillé un corsage. Là-dessus, cette dame sortit en me disant : - "Je sors, arrangez-vous, voici un corsage pour modèle". C’était le 19 mars, fête de Saint Joseph, 1863 ; avant ma journée j’avais été à la messe et fait la Sainte Communion. Restée seule après le départ de cette dame, j’étais inquiète, tournais et retournais mon ouvrage sans pouvoir me décider à couper l’étoffe ; or, une bonne pensée me vint : je priai Saint Joseph et dans mon embarras je lui dis : « Grand Saint Joseph, vous qui servez de Patron pour tout le monde, servezmoi de patron pour ma robe, sans cela je ne pourrai pas la faire ; j’ai besoin de gagner ma vie et celle de mes parents ». Aussitôt après cette prière, je me mis avec courage à tailler mon corsage, à le bâtir. Quand cette dame est revenue me voir, elle resta saisie de pouvoir si vite essayer sa robe ; il allait si bien qu’il n’y eût rien à retoucher, et depuis, j’ai toujours fait ce que je voulais de mes mains. »
Estelle tombe malade. Elle souffre de péritonite de manière chronique pendant 11 ans, de plus, elle attrape une tumeur dans la région crurale et une tuberculose pulmonaire qui en 1875 sont diagnostiquées dans un état si avancé que le médecin, le docteur Bucquois considère qu’Estelle ne doit pas se remettre. Estelle a 32 ans.
Le 1er juin 1875, Estelle a une crise violente ; tout le monde est fatigué de ses maladies. De plus en plus, Estelle se sent abandonnée, la comtesse lui demande des nouvelles par la fenêtre, un jour elle reste sans manger jusqu’à 21h… Or, il y a dans le parc du château une grotte de Lourdes. Dans les premiers jours de septembre 1875, Estelle écrit une lettre pour se recommander à la Sainte Vierge ; elle remet la lettre à mademoiselle Reiter, l’institutrice, pour qu’elle aille la déposer au creux du rocher de la grotte de Lourdes…

La lettre
« Ô ma bonne Mère, me voici de nouveau prosternée à vos pieds. Vous ne pouvez pas refuser de m’entendre. Vous n’avez pas oublié que je suis votre fille et que je vous aime.
Accordez-moi donc, de votre divin Fils, la santé de mon pauvre corps pour sa gloire. Regardez donc la douleur de mes parents : vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’œuvre que j’ai commencée ?
Si vous ne pouvez, à cause de mes péchés, m’obtenir une entière guérison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle de mes parents. Vous voyez, ma bonne Mère, ils sont à la veille de falloir mendier leur pain ; je ne puis penser à cela sans en être profondément affligée.
Rappelez-vous donc les souffrances que vous avez endurées, la nuit de la Naissance du Sauveur, lorsque vous fûtes obligée d’aller de porte en porte demander asile !
Rappelez-vous aussi ce que vous avez souffert quand Jésus fut étendu sur la croix.
J’ai confiance en vous, ma bonne Mère ; si vous voulez, votre Fils peut me guérir. Il sait que j’ai désiré vivement être du nombre de ses épouses et que c’est en vue de lui être agréable que j’ai sacrifié mon existence pour ma famille qui a tant besoin de moi.
Daignez écouter mes supplications, ma bonne Mère, et les redire à votre divin Fils. Qu’il me rende la santé si tel est son bon plaisir, mais que sa volonté soit faite et non la mienne.
Qu’il m’accorde au moins une résignation entière à ses desseins, et que cela serve pour mon salut et celui de mes parents.
Vous possédez mon cœur, Vierge Sainte ; gardez-le toujours et qu’il soit le gage de mon amour et de ma reconnaissance pour vos éternelles bontés.
Je vous promets, ma bonne Mère, si vous m’accordez les grâces que je vous demande, de faire tout ce qui dépendra de moi pour votre gloire et celle de votre divin Fils.
Prenez sous votre protection ma chère petite nièce, et mettez-la à l’abri des mauvais exemples. Faites, ô Vierge Sainte, que je vous imite dans votre obéissance et qu’un jour je possède avec vous Jésus dans l’éternité. »
Après sa lettre, de septembre à février 1875, Estelle s’affaiblit de plus en plus, allant de crise en crise, au point de participer le plus largement possible aux souffrances du Christ en croix, jusqu’à parvenir au seuil de la mort.
Or voici que la Vierge Marie apparaît dans sa chambre, le 15 février 1876. Estelle a 33 ans.
Les mots de cette première apparition : « Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire » vont reprendre les mots de la lettre d’Estelle : « Je vous promets, ma bonne Mère, si vous m’accordez les grâces que je vous demande, de faire tout ce qui dépendra de moi pour votre gloire et celle de votre divin Fils ».
Sa guérison aura lieu quelques jours plus tard, la nuit du vendredi 18 au samedi 19 février 1876.
Estelle relate :
« La cinquième nuit, du vendredi au samedi, n’a pas été tout à fait de même. La Sainte Vierge ne resta pas au pied du lit. Elle s’approcha au milieu de mes rideaux.
Mon Dieu comme elle était belle ! Elle resta longtemps immobile sans rien dire ; elle se tenait au milieu d’une vapeur claire. Pourquoi, si c’est un rêve, ne dure-t-il pas toujours ? Après ce silence, elle me regarda ; je ne sais pas ce que j’éprouvais ; comme j’étais heureuse !
Elle était souriante, elle me rappela mes promesses.
Je voyais ma plaque, mais cette fois elle n’était plus toute blanche. Il y avait aux quatre coins des boutons de roses d’or, dans le haut, un cœur d’or enflammé, avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive.
Voici ce qu’il y avait d’écrit :
J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère
Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière.
Je lui ai promis de nouveau de faire tout ce qui dépendrait de moi pour sa gloire.
Elle me dit : "Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles".
Je lui ai demandé si, pour la servir, je devais changer de position [être religieuse ?].
Elle m’a répondu : "On peut se sauver dans toutes les conditions ; où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire". […] »

Lire plus sur Françoise Breynaert, Les apparitions de Pellevoisin, éditions du Parvis 2022, réédité en 2026.